Rapport Maroc – Février 2018

SITUATION DANS LES DIFFÉRENTES VILLES DU MAROC

Tanger

Il y a constamment des nouvelles personnes qui arrivent pour tenter de traverser le détroit de Gibraltar. Dans les dernières années, les voyageurs vivaient principalement dans le quartier de Boukhalef. Depuis l’énorme vague de répression en 2015, ils*elles se sont dispersé.e.s dans la ville. Ce dernier temps, ils elles s’installent souvent dans le quartier de Branes, dans la colline au dessus du quartier Misnana.

Nador / Melilla

Les rafles fréquentes dans les fôrets de Nador continuent. Normalement, les femmes et les enfants  sont moins fréquement deportées  que les hommes, mais cela se passe aussi. Jusqu’à  maintenant, les autorités de Nador n’attribuent quasi jamais de carte de séjour pour un*e migrant*e subsaharien*ne à Nador. Se promener à Nador en tant que migrant*e avec ou sans papiers reste dangereux.

Ceuta

Le 3 février 2018, la “Marche pour la Dignité” a eu lieu à Ceuta. Chaque année, des collectifs espagnols se réunissent pour dénoncer l’impunité de la Guardia Civile qui a tué au moins 15 personnes qui essaient de traverser la frontière de Tarajal à la nage en tirant des balles de gommes et en utilisant du gaz lacrimogène.

De la perspective noborder il paraîassait très important à faire entendre les voix des personnes dans les campements situés  au Maroc, à travers l’audiovisuel. L’année précédente (2017), des messages de la marche de solidarité ont été enregistrés et après montrés au Maroc. Cette fois-ci, nous avons proposé à un groupe de migrant*e*s d’un campement du côté marocain  de faire un manifeste audiovisuel pour le projeter lors de la manifestation à Ceuta.

Le manifeste créé grâce a leurs interventions parle de trois points: la raison pour laquelle les migrant*e*s quittent leur pays, surtout par rapport à ce qu’ils*elles appellent la “faimicratie”, un système de classes basé sur l’immobilité. On pourrait parler d’une double barrière: d’abord au niveau de la classe sociale  propre au pays d’origine,, puis au niveau des frontières pour arriver en Europe. Le deuxième point parle de la vie au Maroc, du système raciste, totalement discriminatoire, duquel résulte que les migrant*e*s ne puissent s’organiser qu’ en marge de la société. Cependant, elles*ils ne veulent pas rester, “nous sommes là pour traverser”. Finalement, elles*ils dénoncent la violence inhumaine dans les zones frontalières, où les gens se font tuer, blesser, et oú il est impossible de porter plainte. Il n’y a que quelques témoinages filmés, quelques preuves de la violence frontalière du côté marocain. En Europe, cette violence reste impunie, au Maroc il n’y a même pas la possibilité de la dénoncer. “Nous sommes venus ici à cause de la guerre, nous sommes là pour traverser”. Au racisme que la population noire subit au Maroc et aux frontières européennes s’oppose la résistance, auto-organisée et pacifiste, pour un seul but: traverser la frontière.

La réception de ce manifeste du côté de Ceuta par les collectifs qui travaillent en Espagne montre que la lutte aux frontières doit se coordonner entre les deux côtés des grillages.

Vidéo-manifeste “3 février 2018”

Fez

L’état marocain continue à menacer de détruire le campement à la gare ferroviaire à Fez. Il y a une “proposition” selon laquelle les gens pourraient quitter voluntairement, Ils*Elles pourraient habiter dans des appartements pendant une période de trois mois. Selon notre information, les gens ne vont pas accepter cette proposition car elle ne représente pas de solution définitive. Du coup, ils*elles préfèrent rester  à côté de la gare, même si une partie du campement est déjà detruite.

Casablanca

Comme il y a des deportations fréquentes de Nador à Casablanca (et la ville de Safi, plus au sud), les gens habitent maintenant dans des campements à côté de gare ferrovière de Casablanca. La même chose se passe dans d’autres grandes villes au Maroc, des logements très précaires situés à côté des gares, car les migrant*e*s n’ont pas toujours les moyens de retoutner à la frontière directement après un refoulement

Laayoune / Tiznit

Pour l’instant il n’y a pas beaucoup de personnes qui essayent de traverser vers les îles Canaries à partir de Laayoune, mais il y a toujours des personnes à Dakhla et Tan-Tan aussi.

VOYAGES, BOZA ET MORTS

Le 4 Février une de plus grandes tragédies est survenue dans les parages de Melilla quand un convoi avec 47 passagers a chaviré. Actuellement, seulement 21 corps ont été trouvés dont la majorité reste dans la morgue de Nador, sans être identifiés. Une journaliste essaie de compiler les noms et identités des victimes pour qu’elles*ils ne restent pas anynomes, des chiffres abstraits parmi la multitude de tragédies avec lesquelles nous sommes confronté*es chaque jour: https://www.pri.org/stories/2018-03-01/forty-seven-people-died-crossing-mediterranean-wooden-boat-earlier-month-their

En somme, selons les chiffres de l’OIM, déjà 420 personnes sont mortes dans la Méditerrannée cette année, dont 102 (l’ONG Andalusia Acoge précise 104) entre l’Espagne et le Maroc.

À cause des contrôles des frontières maritimes dans le détroit, les départs se font de plus en plus à partir de la côte Atlantique. Par conséquent, les bateaux doivent entamer la traversée dans l’océan Atlantique, longeant les côtes marocaines en direction nord. Bien sûr, cette prolongation du voyage ajoute des dangers supplémentaires.

Pourtant, les voyageuses*voyageurs arrivent toujours à faire BOZA, chaque semaine il y a plusieurs convois qui entrent en Europe, souvent des “grands convois” avec plus de 20 personnes. Encore, selons des chiffres officielles plus de 3000 migrant*e*s sont déjà entré.e.s en Espagne  ces derniers deux mois. Bienvenue en Europe à tout*es les nouvelle*s-arrivé*es en février!

Finalement, il y a aussi beaucoup de voyageur*ses marocain*e*s qui tentent leur chance. Pourtant, une fois arrivé*e en Espagne, elles*ils sont quelque fois directement renvoyé*es au Maroc, une pratique carrément illégale. Les soi-disant “devoluciones en caliente”, c’est-à-dire des “refoulements à chauds” ne sont pas seulement pratiqués entre Ceuta / Castillejos et Melilla / Nador mais aussi entre Tarifa et Tanger.

Au Maroc, surtout des jeunes doivent faire face à de multiples problèmes, surtout dans la zone frontalière. Chômage, manque de perspectives, répression politique. Depuis 2017, il y a une visibilité renforcée des mouvements sociaux contre la politique marocaine, par exemple dans la zone du Rif. Durant le mois de février, la ville de Jerada (près de Oujda) s’est rebellée contre la situation désastreuse. Les mineurs, gravements exploités, ont organisé des manifestations et communiquent leur revendications au gouvernment. Notre solidarité est avec eux*elles et avec tout*e combattant*e pour la liberté!

POLITIQUE MAROCAINE

La militante pour les droits humains, Helena Maleno, a été convoquée en cour d’appel à Tanger le 10 et le 31 janvier. On l’accuse d’avoir trafiqué des personnes et de favoriser l’immigration illégale, à cause de ses appels à la garde côtiere espagnole, Salvamiento aritimo. Elle les appelle quand elle reçoit des informations sur des voyageurs*ses en détresse dans le dédroit de Gibraltar.

Le dossier de Helena Maleno, archivé en Espagne, a été remis à la “justice” marocaine par la police espagnole pour qu’elle soit convoquée. Maintenant, la militante se trouve dans l’attente de la décision du juge. La peine peut être des mois de prison et des amendes à perpétuité.

“Si défendre le droit à la vie m’amène à la prison, que se  soit ainsi” (Helena Maleno)

De différentes associations, journeaux, militant*e*s, acteurs*actrices politiques et civiles se sont prononcé pour défendre la militante devant cette injustice. La campagne de solidarité #defendiendoAMaleno a publié un manifeste de soutien et un appel international pour défendre celle qui défend.

POLITIQUE ESPAGNOLE / EUROPÉENNE

Le business du contrôle frontalier

Le business des frontières est en pleine hausse. De nombreuses entreprises de sécurité, d’armement, de commerce etc en profite et s’enrichissent grâce à la mise en place des systèmes de contrôle frontalier.

Cela se fait parce que les gouvernements européens renforcent leurs politiques de contrôle migratoire, basé sur l’objectif de “lutter contre les mafias et le traffic d’être humains” à travers  ces entreprises de défense et sécurité. Celles-ci se chargent de fournir aux états les dispositifs de contrôle nécessaires pour freiner la prétendue “crise migratoire”.

Ainsi, ce financement investi par l’UE en matière de protection et sécurité est dominé par le lobby de l’armement. Les budgets de l’UE pour l’année 2017 comme réponse à la “crise de la migration et des réfugiés s’élèvent à presque 6000 millions d’euros. Selons les estimations, l’argent qui circule dans ce marché et dont les bénéficiaires principales sont les entreprises d’armement, sécurité et défense s’élève jusqu’à 15000 millions d’euros.

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