Routine de persécution – Les conditions insupportables des migrants subsahariens dans le nord du Maroc

En raison de la situation dramatique aux frontières extérieures orientales de l’UE,la situation hispano-marocaine a tendance à être éclipsé. Pourtant,des migrants d’Afrique centrale et de l’ouest continuent à subir dans le nord du Maroc l’oppression et la violence raciste sur leur chemin vers l’Europe.


La ville de Tanger, dans le nord du Maroc, peut être considérée comme un exemple pour les développements de la politique migratoire du Maroc et de l’UE. Ici, l’agenda politique actuelle est de plus en plus évident : les programmes d’intégration pour les migrants subsahariens financés par l’UE pour réduire les passages frontaliers illégaux en échange d’un accès plus facile à l’espace Schengen par des visas pour les citoyens marocains. Par contre, depuis 2015, il est devenu presque impossible d’obtenir une résidence légale pour les personnes en provenance du Cameroun, du Burkina Faso, du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, etc.

En effet, le Royaume du Maroc a lancé une campagne de légalisation (également appelée régularisation) en 2014 au cours de laquelle, dans certaines circonstances, il était possible d’obtenir une résidence. Cette résidence légalisée ne représente toujours pas de protection contre le racisme et la déportation de tous les jours. L’arbitraire des arrestations et des déportations est confirmé par des cas de détentions de résidents légalisés de l’Afrique subsaharienne. Mais la campagne de légalisation n’a jamais duré qu’un an, même si des extensions et des objections sur les demandes rejetées en 2014 sont encore juridiquement possibles. En même temps, de nouvelles introductions de demandes de légalisation sont presque impossibles. Un renouvellement du programme en 2016 est encore un sujet de spéculation.

http://www.le360.ma/fr/politique/exclusif-migration-une-nouvelle-operation-de-regularisation-des-sans-papiers-au-maroc-55345
http://www.rfi.fr/afrique/20150331-maroc-fidh-migrants-papiers-ong-gouvernement-regularisation-sub-sahariens
http://www.gadem-asso.org/IMG/pdf/Loi_02-03.pdf

Tanger
Tanger, ville de transit, a toujours été un terrain dangereux pour les migrants d’Afrique subsaharienne, mais la situation s’aggrave de plus en plus depuis 2015. Surtout depuis le ramadan 2015 la répression en application de la loi et les agressions violentes par la population locale ont atteint un niveau alarmant.

En juin 2015, la population migrante du quartier de Boukhalef à la périphérie de la ville de Tanger, a subi des expulsions massives visant à leur déportation. À Boukhalef de nombreux appartements vides étaient habités par des migrants subsahariens. Les autorités locales et la population ont jugé ses occupations illégales et ont décidé une évacuation violente de ce quartier.

Dans le cadre d’ « actions d’autodéfense » des Marocains ont commencé à expulser les résidents migrants de leurs appartements à Boukhalef. Ces attaques ont été accompagnées d’agressions violentes, de pillages et de la destruction arbitraire des biens des migrants. Les forces de police ont toléré ces rafles, même si un jeune subsaharien est mort pendant les rafles en tombant d’un toit, fuyant les attaques de la police.

http://www.gadem-asso.org/Tangier-Boukhalef-Eviction

Ces migrants ont été déportés vers la frontière de la Mauritanie ou emprisonnés dans des centres de détention improvisés dans l’intérieur du pays, à Fès, Marrakech et Casablanca. Ils ont été libérés de ces centres après un certain temps. Afin de minimiser le coût d’entretien des camps certaines personnes ont été libérées assez vite. Elles ont même reçu de l’argent, d’autres au contraire n’ont rien reçu.

Actuellement, les centres de détention improvisés ne fonctionnent pas à pleine capacité. À l’heure actuelle, la pratique est limitée à des déportations vers Tiznit ou d’autres villes dans l’extrême sud du Maroc.

Les déportations massives à Tiznit ont deux objectifs : gagner du temps et diminuer la visibilité des migrants au sein de la ville de Tanger. La plupart du temps, les personnes déportées reprennent leur chemin de retour vers Tanger, mais elles sont confrontées à des difficultés de coûts de transport et à la discrimination dans les transports (les Subsahariens ne sont même pas autorisés à entrer dans les bus qui vont au nord). Cette situation encourage de plus en plus de migrants à aller en Libye pour tenter leurs chances d’y prendre un bateau vers l’Italie.

Arrestations et déportations de masse – depuis Tanger à Tiznit
Après avoir vidé le quartier de Boukhalef de ses migrants, les forces de police ont élargi leur rayon d’action sur toute la ville de Tanger et les forêts environnantes. Les anciens habitants de Boukhalef avaient trouvé refuge, en fonction de leurs capacités financières, dans les hôtels de la ville ou dans des appartements ailleurs. La police a entrepris des rafles dans ces hôtels et appartements privés. Les migrants arrêtés ont été à nouveau déportés à Tiznit.

http://www.bladi.net/maroc-migrants-clandestins,43749.html

De même, un appartement de militants subsahariens et internationaux a été perquisitionné. Un membre du collectif qui vivait parmi les 35 autres migrants dans le même bâtiment a été arrêté et déporté au cours de l’action. Transférés au commissariat de la police centrale, les détenus ont subi des processus d’identification interminables (photos, empreintes digitales). Pendant cette seule journée 150 personnes ont été expulsées. Le militant camerounais est resté 14 heures menotté dans un fourgon de police. Conformément à la pratique actuelle, il a été libéré près de Tiznit et a été laissé à lui-même.

En outre, des cas ont été rapportés, que des migrants qui ont été arrêtés dans la ville de Tanger ont été ensuite transférés vers le port de TangerMed, situé à 50 kilomètres du centre-ville. L’hypothèse générale est que ce genre d’actions est mené pour augmenter les statistiques du nombre de personnes interceptées en mer, et ainsi démontrer l’efficacité du contrôle des frontières du pays. Depuis les accords européo-marocains de 2013, le Royaume du Maroc reçoit 150 millions d’euros pour intensifier les relations politiques et économiques avec l’UE, entre autre au sujet du contrôle des frontières.

Violence dans les forêts
Les rafles contre les campements des migrants dans les forêts montrent un autre niveau de l’escalade. Dans les forêts, les logements provisoires des migrants, les tentes et les effets personnels des personnes sont brûlés très régulièrement. Les migrants qui n’ont pas pu fuir sont arrêtés et déportés. Au cours de ces opérations certains d’entre eux ont été gravement blessés voire tués. Les témoins ont décrit ces opérations de police comme de véritables chasses à l’homme.

Novembre 2015: Deux morts lors d’une rafle près de Ceuta
Ainsi, le 30 novembre 2015, deux migrants vivant dans un abri à Castillejos/Fnideq sont morts au cours d’une rafle menée par les Forces Auxiliaires. Un groupe de migrants s’était caché en utilisant des grottes naturelles comme lieu de vie. Pendant le raid les deux personnes se sont attardées dans les grottes, les forces de police ont alors rassemblé des matelas et d’autres biens des migrants à l’entrée de la grotte et y ont mis le feu. Les jeunes hommes, âgés de 25 et 26 ans, sont morts étouffés. D’autres sources signalent également que les Forces Auxiliaires lançaient des grenades lacrymogènes dans la grotte. Les cadavres des défunts sont censés être à l’hôpital à Fnideq.

Ceux qui ne furent pas déportés au cours du raid se sont enfuis, traumatisés, pour certains blessés, vers les villes voisines.

2015-11_Migrant Camp in Fès
Bidonville à Fès, novembre 2015

Une enquête est menée par la section régionale de l’organisation de l’État CNDH (Conseil National des Droits de l’Homme) et les autorités en parallèle. Cependant, la communauté migrante n’attend pas d’issue à cette enquête, pour eux le racisme et la persécution faisant partie de leur vie quotidienne.

http://www.yabiladi.com/articles/details/40622/maroc-deux-subsahariens-morts-apres.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter&utm_campaign=social
http://www.eldiario.es/desalambre/Denuncian-inmigrantes-subsaharianos-asfixiados-Castillejos_0_458104736.html
https://marocimmigration.wordpress.com/2015/12/08/morts-de-deux-migrants-camerounais/

Collectif d’auteurs : NoBorders Morocco & Western Med Alarm Phone

Nous revendiquons la liberté de circulation pour tous, et non seulement la justification de la condition de réfugié !
Cet article se nourrit de réflexions et expériences communes de personnes qui sont confrontées à la situation au Maroc. Il nous importe de souligner que, malgré la répression dont il est question plus haut, le mouvement de migration ne cesse de se battre pour ses droits, d’organiser ses forces de résistance et de traverser des frontières de manière autonome. Nous continuons de soutenir tous ceux qui luttent tous les jours contre le régime brutal à la frontière entre le Maroc et l’Union Européenne!

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